
LES SIX DEGRES DE L’HOMME INTERIEUR
- Le premier degré de l’homme intérieur, de l’homme nouveau, comme dit saint Augustin, c’est que l’homme vit à l’imitation d’hommes bons et saints, mais qu’il marche encore en se tenant aux chaises et aux murs et se nourrit encore de lait.
- Le second degré, c’est qu’au lieu d’avoir les yeux fixés uniquement sur ses modèles ou encore sur des hommes bons, il court et se hâte maintenant vers les enseignements et les conseils de Dieu et de la Sagesse divine, qu’il tourne le dos aux hommes et la face vers Dieu, quitte le giron de sa mère et sourit à son Père céleste.
- Au troisième degré, l’homme se soustrait de plus en plus à l’influence de sa mère et s’éloigne de plus en plus du sein maternel, échappe à la sollicitude et rejette toute crainte. Quand bien même il aurait la possibilité de faire le mal ou de porter tort à quelqu’un, sans en recevoir pour autant aucun dommage, il n’en aurait pourtant aucune envie ; par l’Amour il est, en effet, lié et confié à Dieu dans un zèle constant, jusqu’à ce que Dieu l’ait placé et établi dans la joie et la douceur, là où il répugne tout ce qui est dissemblable et étranger, tout ce qui ne convient pas à Dieu.
- Au quatrième degré, l’homme croît de plus en plus et s’enracine dans l’amour de Dieu, au point d’être toujours prêt à assurer, de bon gré et de bon cœur, avidement et avec joie, toutes sortes de tribulations et d’épreuves, d’ennuis et de peines.
- Au cinquième degré, l’homme vit partout et spontanément dans la paix, calme et tranquille dans la richesse et la jouissance de la plus haute et indicible Sagesse.
- Au sixième degré, l’homme est dépouillé de lui-même et revêtu de l’éternité de Dieu, parvenu à la perfection complète ; il a oublié la vie temporelle avec tout ce qu’elle a de périssable ; il a été entraîné et transformé en une image divine ; il est devenu un enfant de Dieu. Il n’y a pas d’autre degré, de degré supérieur ; là est le repos éternel, la béatitude. Car le but dernier de l’homme intérieur, de l’homme nouveau est la vie éternelle.
MAITRE ECKHART, Traité de l’homme noble, Aubier / Montaigne, Paris, 1942
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