"le mot "das" en sanscrit se traduit soit par serviteur, soit par esclave. Le beau du beau, c'est de s'appeler Ramdas: esclave de ram, esclave de Dieu. En termes dits dualistes ou religieux, la Libération, c'est être esclave de Dieu. Abd en arabe signifie aussi serviteur ou esclave d'un des 99 Noms prononçables de Dieu, le centième transcendant toute parole. Abd-el-kader veut dire serviteur du Tout-Puissant. La libération, c'est être esclave de Dieu et cet esclave en Inde s'appelle jivan mukta, un "libéré vivant".
"Complete slavery is perfect freedom, au-delà de "j'ai envie, je n'ai pas envie, je me suis trompé, j'aurais dû, je n'aurais pas dû, ou ça ne se passe pas comme je voulais".(...)
En ce qui concerne le déterminisme et le libre arbitre, nous partons donc d'une forme d'esclavage à nos conditionnements propres, qui font que tel aspect de la réalité produit en nous une telle pulsion d'attraction ou de répulsion, de désir ou de refus, et nous gagnons en liberté par rapport à nos réactions et nos sautes d'humeur. Peu à peu s'opère la "destruction du mental", cette manière erronée de percevoir la réalité toujours coloré par nos projections et, en fin de parcours, nous nous retrouvons dans un certain statut qu'on peut aussi présenter comme un esclavage-la soumission à la demande de la situation dans laquelle je me suis inséré- paradoxalement considéré comme l'Ultime Libération. En vérité, ce n'est nullement contradictoire ni compliqué. Comment voulez-vous être vraiment en paix si vous avez à choisir, à prendre des décisions avec l'idée d'une erreur possible, si vous êtes, comme disait Jean-Paul Sartre, "condamnés à la liberté"? La Libération, c'est la fin de cette malédiction. la plus belle liberté, c'est que l'apparence d'un choix diminue, mais à l'inverse de l'eclavage habituel: le geste évident qui ne passe plus par l'ego individuel"
Arnaud Desjardins
La Paix Toujours Présente
(p57 à 60)