O mon coeur, reste auprès de celui qui a la connaissance du coeur,
Va à l'ombre d'un arbre qui porte de fraîches fleurs,
Ne te promène pas, comme les oisifs, dans le bazar des parfumeurs,
Demeure dans la boutique de celui qui vend du sucre.
Si tu n'as pas une balance juste, chacun peut te tromper :
Quelqu'un peut déguiser un objet de pacotille, et tu le prendras pour de l'or.
Il te fera, par ruse, asseoir sur le seuil en te disant: "Je reviens";
Ne reste pas à attendre sur le seuil, cette maison a deux issues.
Devant chaque marmite en train de bouillir, n'apporte pas ton écuelle et ne vas pas t'asseoir:
Dans chaque marmite sur le feu se trouvent des choses différentes.
Toutes les cannes de roseau ne contiennent pas du sucre, tous les abîmes n'ont pas un sommet.
Il n'est pas vrai que tous les yeux possèdent la vision, il n'est pas vrai que tous les océans recèlent des perles.
O rossignol à la voie mélodieuse ! Lamente -toi, car la plainte de ceux qui sont ivres
Pénètre jusqu'au coeur de la pierre et du dur rocher.
Soumets-toi : si tu ne peux être reçu chez l'Ami,
C'est que tu te rebelles comme le fil qui ne peut passer dans le chas d'une aiguille.
Le coeur éveillé est une lampe: protège-le sous le pan de ta robe,
Hâte-toi pour échapper à ce vent, car le temps est mauvais.
Quand tu seras loin de ce vent, tu te trouveras au bord d'une fontaine;
Tu deviendras le compagnon d'un ami qui rafraîchira ton âme.
Quand ton âme sera rafraîchie, tu ressembleras à un arbre vert
Qui donne perpétuellement des fruits nouveaux, et dont la progression est intérieure.
Djâlâl-od-Dîn Rûmî
Dîvan-E Shams-E Tabrîzî