"En fait, nous ne faisons pas l'expérience de l'émotion, nous n'entrons pas en contact avec elle. Balayés par ses vagues dévastatrices, nous ne pouvons même pas nous questionner sur ce qui se passe.
"Et vous parlez d'être en contact avec elles? Bien plus , vous osez nous demander d'être un avec ce flot débordant, torrentiel des réactions émotives ?"
Devant lequel nous ne pouvons qu'avoir deux attitudes : être complètement emporté, ou bien contrôler, c'est-à-dire tout bonnement la stopper, au moins le croire, car l'émotion est simplement expédiée dans la profondeur de nous-même où elle demeure enfouie mais prête à ressurgir plus tard. Réprimer ou exploser, telle est l'alternative. Soit nous nous répandons ou plutôt nous laissons l'émotion se répandre comme elle veut, soit nous la fuyons. Par peur. Peur qu'elle ne nous entraîne trop loin, peur de perdre notre belle image de marque, du fait que nous ayons à tenir compte de notre relation aux autres. (...) Du coup nous perdons, nous, l'occasion de vivre un peu plus consciemment l'émotion, d'en faire une expérience plus complète, d'en goûter la saveur .
"Une expérience consciente , dites-vous ? Impossible."
- Impossible, oui, pour nous maintenant abruptement, sans nous être exercés, longuement préparés.
Pour l'exercice, il est conseillé, dans la vie de tous les jours, de commencer par de "petites" émotions. Pour la préparation, elle se fait, si possible, dans le lying. Où nous nous donnons de plein gré la permission, entre autres permissions d'exprimer notre émotion, en général tristesse, colère ou peur. Du coup on est en prise directe avec elle. La colère (ou la révolte) est un bon terrain d'étude du fait qu'une fois déclenchée, on oublie le reste, on ne craint plus de la laisser monter, se déployer, exploser. Tout en gardant une lueur de lucidité : " Garez-vous" ou " Attention à vous", ce qui montre bien qu'à la fois on est en plein dans sa colère, mais qu'une attention plus vaste existe à l'arrière plan. Qui sait la présence de quelqu'un à ses côtés et ne veut pas lui nuire. Dans cette sorte d'introspection qu'est le lying, imposible d'échapper à l'émotion. On y es. On peut en sentir la puissance et la démesure naissante . Si elle faiblit, le guide est là pour faire, si nécessaire, remonter la température. Et en même temps, une conscience élargie permet de la ressentir complètement, sans que nous quitte la connaissance du lieu où l'on est , de la personne qui est à nos côtés"
Denise Desjardins
Le Lying