
"Mon petit déjeuner est à côté de moi : un verre de petit-lait , deux tranches de pain bis avec tomates et concombre. J'ai renoncé au gobelet de cacao dont je me régale toujours en douce le dimanche matin et je veux me faire à ce petit déjeuner plus monacal , qui me conviendra mieux.
C'est ainsi que je traque ma sensualité jusqu'en ses recoins les mieux cachés , les moins apparents , et que je l'extirpe . Cela vaut mieux.
Nous devons apprendre à nous affranchir - et de plus en plus - des besoins physiques autres que les plus fondamentaux. Nous devons éduquer notre corps à ne rien nous réclamer qui ne soit le strict nécessaire , surtout en fait de nourriture , car les temps vont devenir extrêmement durs à cet égard , semble-t-il. Non , ils ne vont pas le devenir , ils le sont déjà. Et pourtant je trouve que nous nous en tirons encore étonnament bien.
Mais mieux vaut se former soi-même volontairement à l'abstinence en temps de relative abondance , que de la faire contraint et forcé en temps de disette. Ce qu'on a obtenu librement de soi-même est plus solidement fondé et durable que ce qui s'est développé sous la contrainte (...) Nous devons nous affranchir suffisamment des choses matérielles et extérieures pour permettre à l'esprit de poursuivre sa voie et de faire son oeuvre en toutes circonstances : fini le chocolat , place au petit-lait ! Mais oui !"
Etty Hillesum
Une vie bouleversée